Depuis quelques années, les appareils photo numériques (APNs) sont de plus en plus populaires. Les chiffres de vente augmentent d’année en année alors que la technologie utilisée s’améliore. Depuis près de deux ans, je m’intéresse à l’usage des APNs pour faire de l’astrophotographie.
D’autres technologies, comme celle des WebCams et celle des caméras vidéo numériques, sont aussi utilisées à cette fin. Cependant, je restreindrai cet article aux APNs qui sont mon outil de prédilection.
Comme pour toute
technique, l’habilité en astrophotographie se développe avec le temps et
l’expérience. Il suffit de procéder par étapes. Ces étapes sont, pour
l’essentiel, identiques à celles franchies en astrophotographie
conventionnelle. La seule différence, c’est qu’avec un APN, les résultats
sont instantanés et il est très facile de les envoyer sur ordinateur pour
pouvoir les travailler. Pour ces raisons, j’encourage tous ceux qui possèdent
un APN à tenter l’expérience de l’astrophotographie.
Je ne m’attarderai pas ici à donner des conseils sur le type d’appareil à acheter, etc. Je m’adresserai plutôt à ceux qui possèdent un APN mais qui ne l’ont pas encore pointé vers le ciel.
La première étape est celle où on utilise l’APN sur un trépied fixe. Il suffit de bien fixer l’appareil et d’exposer le plus longtemps possible afin d’accumuler le plus de lumière possible. Il est possible de photographier la Lune, les planètes et les constellations. Mais différents petits trucs vous aideront à réaliser ces objectifs. C’est ce dont il sera question ici.
Avant de se lancer dans la
grande aventure de l’astrophotographie numérique, il convient de connaître
quelques faits qui nous aideront à mieux maîtriser cette technique. Voici
quelques points dont il faut se souvenir :
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Contrairement
à l’astrophotographie conventionnelle (avec une pellicule photographique), l’astrophotographie
avec un APN nous fournit des résultats immédiats. Cela permet, en plus de
savoir si la photo est bonne ou non, de peaufiner les réglages de l’appareil;
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Les APN,
contrairement aux appareils conventionnels, produisent directement des images
sous forme de fichiers. Si on désire les traiter sur ordinateur ou les envoyer sur internet,
nul n’est besoin de disposer d’un numériseur. Par le fait même, un simple
logiciel de manipulation d’image (généralement fourni à l’achat de
l’appareil) permet de faire l’équivalent d’un travail de chambre noire et
ce, à peu de frais.
Pour le reste, les APNs sont construits et programmés pour se comporter de la même façon que les appareils photo conventionnels. Ces points connus, vous êtes prêts à faire vos premiers pas!
Pour débuter en astrophotographie, les constellations constituent une cible de choix. La première raison est qu’elles peuvent être photographiées avec une lentille ordinaire, ce qui est le but ici et la seconde est qu’elles sont constituées d’étoiles brillantes qui ne nécessitent pas plus de 10 à 20 secondes d’exposition pour apparaître sur l’image.
La chose la plus importante dont il faut tenir compte est de calculer la durée d’exposition maximale permise, avec la lentille que vous possédez, pour que les étoiles demeurent rondes. Si la pose dure plus longtemps, la rotation de la Terre « étirera » les étoiles sur l’image et celles-ci ressembleront à de petits traits. Je ne m’attarderai pas sur le calcul du temps d’exposition maximal. Il suffit de suivre ce lien pour accéder à un outil qui vous permettra de le calculer. Sachez seulement que plus le grossissement est fort, plus le temps de pose maximal est court.
Avant de prendre vos photos, assurez-vous que votre APN est correctement réglé. Voici ce à quoi il faut faire attention :
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De préférence, désactivez les modes de contraste et de netteté automatiques si votre APN en possède. Cela évitera de produire des effets visuels indésirables résultant des algorithmes utilisés. En effet, ceux-ci sont conçus pour des photos traditionnelles de jour ; | |
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Activez le dispositif de réduction de bruit (NR) si votre APN en est muni. Ceci réduira le niveau du signal de fond, surtout lorsqu'il fait chaud. Ce signal est produit par la température du détecteur ; | |
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Choisissez un équilibre de couleurs de type « lumière du jour » (ou Day light) s’il est possible de le faire. C'est l'équilibrage qui donnera les meilleurs rendus, surtout pour la Lune. En effet, celle-ci est éclairée par le Soleil. Il est donc normal d'utiliser le réglage de lumière du jour pour la photographier ; | |
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Choisissez la sensibilité (ISO) la plus élevée (avec certains APNs, comme la Coolpix 995 de Nikon, il est préférable de ne pas choisir la plus élevée, ISO 800, mais de se contenter de ISO 400 à cause du bruit thermique). Puisque vous ne photographiez pas des astres très lumineux, il est préférable d'augmenter au maximum la sensibilité de l'appareil photo ; | |
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Assurez-vous que le foyer est à l’infini et réglez le zoom de la lentille au minimum pour couvrir le plus grand champ. Ouvrez aussi au maximum l’iris de la lentille si cela n’est pas déjà fait. De cette façon, un maximum de lumière atteindra le détecteur ; | |
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Réglez l’APN pour obtenir les images avec la plus grande résolution possible (la plus grande taille.) Vous devez aussi choisir le mode de sauvegarde de fichiers TIFF plutôt que JPEG afin de ne pas dégrader les images. Si cela n’est pas possible, choisissez la meilleure qualité de JPEG (« FINE »). La raison de cela est bien simple: la compression JPEG a été développée afin d'offrir le meilleur taux de compression pour les images "normales". Cependant, cette compression se fait avec perte, surtout si l'image contient des détails très fins (comme les étoiles, par exemple!) Elle n'est donc pas recommandée en astronomie. |
Une fois ces réglages faits, il ne vous reste qu’à fixer l’APN sur un solide trépied et à le pointer sur une constellation. Je vous suggère d’en choisir une qui possède des étoiles brillantes afin de vous aider à pointer l’appareil. Par exemple, vous pouvez photographier la Grande Ourse, Orion, le Cygne, etc.
Pour prendre la photo, je vous suggère d’utiliser un déclencheur souple (ou déclencheur à distance) s’il est possible d’en adapter un sur votre APN. Si ce n’est pas possible, utilisez le mode de déclenchement avec retardateur. De cette façon, vous serez assurés de ne pas induire de vibrations qui ruineraient la photo.
Je vous suggère de choisir un temps de pose qui se situe entre 10 et 30 secondes. La beauté de la chose, c’est que vous pouvez faire autant d’essais que vous voulez, cela ne coûte rien ! Laissez aller votre imagination !
Voici quelques photos de constellations que j’ai prises :
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Constellation de la Grande Ourse (Ursa Major), 17
avril 2002. Nikon CP995, ISO 400, f/2.6, 8.2mm, lumière du
jour, 24 secondes, caméra sur trépied fixe, réglage en mode
noir et blanc. Il s'agit d'une photo prise lors de ma première soirée d'astrophotographie avec ma caméra numérique. On remarque les zone d'électroluminescence produite par la chaleur du détecteur. Ici, trois images de 8 secondes ont été combinées. Une combinaison d'images se fait en superposant, grâce à un logiciel spécialisé, plusieurs images semblables. Dans la section "Ressources", à la fin de l'article, vous trouverez des liens vous permettant de trouver plus d'information à ce sujet. L'image présentée ici est dégradée par rapport à l'image originale. Tout d'abord, elle est beaucoup plus petite. Ensuite, puisqu'elle a été compressée pour être placée sur internet, de petits artéfacts sont apparus. Ceux-ci ne sont visibles que si on la regarde de près. La même remarque vaut pour toutes les autres images.
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Scorpion (Scorpius) montrant Antarès (grosse étoile
rouge à gauche) et delta Scorpii (étoile au centre des pinces, à
droite) prise le 15 juillet 2003 vers 3h00 TU. Nikon CP995, ISO 400, f/2.6, 8.2mm, lumière du
jour, 9.2 secondes, caméra sur trépied fixe. On remarque que l'étoile delta Sco est presque aussi brillante qu'Antarès (alpha Sco.) Normalement, cette étoile brille plutôt comme les étoiles qui se trouvent au-dessus et au-dessous d'elle. Elle se trouvait, au moment où la photo a été prise, près d'un maximum d'intensité. Comme il s'agit d'une pose assez courte, il y a beaucoup de bruit dans l'image. C'est ce qui apparaît sous la forme de petites fluctuations vertes et rouges sur le fond de ciel. Ceci tant à disparaître au fur et à mesure que le temps d'exposition augmente.
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Après avoir photographier les constellations, vous pouvez vous amuser à prendre les planètes en photo. Il ne s’agit pas de distinguer la surface des planètes mais plutôt de les localiser parmi les constellations, comme on le fait à l’œil nu. Les conseils sont les mêmes que pour les photographies de constellations sauf que vous pouvez vous essayer au crépuscule car les planètes sont des astres très brillants.
Voici quelques photos de planètes que j’ai prises :
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Panorama de la Lune, de Vénus et de Jupiter, 13
juin 2002 vers 1h30 TU. Nikon CP995, ISO 400, f/6.5, 26.7mm, lumière du
jour, 4 secondes, caméra sur trépied fixe. On aperçoit sur cette photo la Lune et la lumière cendrée, Jupiter à sa gauche et Vénus en haut à droite.
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Conjonction Lune - Vénus, 14 juin 2002, vers 2h00
TU. On peut voir facilement la lumière cendrée qui est un clair de
Terre sur la Lune. Nikon CP995, ISO 400, f/6.5, 31mm, lumière du
jour, 4 secondes, caméra sur trépied fixe. Cette photo a été prise durant l'alignement planétaire de mai 2002. Il est intéressant de voir sur cette image deux phénomènes à la fois: la lumière cendrée qui est produite par le reflet du clair de Terre sur la surface de la Lune et la conjonction avec la planète Vénus.
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Une autre chose intéressante à faire est de photographier le déplacement de la Lune parmi les planètes et les étoiles. Voici trois images que j'ai prises les soirs du 26, 27 et 28 février 2004 alors que la Lune passait à côté de Mars, des Pléiades et des Hyades. Il s'agit ici de compositions de plusieurs photos de 8 secondes mais il est possible d'obtenir essentiellement les mêmes résultats en prenant des poses simples de 30 secondes.
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| Mosaïque formée de trois images de la Lune montrant son déplacement à travers les constellations, près de Mars, puis près des Pléiades et enfin entre les Pléiades et les Hyades. Les images ont été prises les 26, 27 et 28 février 2004, vers 1h15 TU.
Nikon CP995, ISO 400, f/2.6, 8.2mm, lumière du jour, combinaison d'environ 10 images de 8 secondes pour chaque section, caméra sur trépied fixe. Sur la section de gauche, on voit la Lune sous la planète Mars. Sur la section du milieu, prise 24 heures plus tard, la Lune s'est rapprochée des Pléiades (M45). Enfin, sur la section de droite, toujours 24 heures plus tard, la Lune est entre les Pléiades (M45) et les Hyades. Il est à noter que, malgré qu'elle semble pleine sur les photos, la Lune n'était qu'à sont premier quartier. L'effet est causé par l'extrême luminosité de la Lune qui a surexposé les photos.
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Éclipse de Lune entre la Balance (Libra) et le
Scorpion (Scorpius), 16 mai 2003 vers 3h30 TU. Nikon CP995, ISO 400, f/5.1, 31mm, lumière du
jour, 8 secondes, caméra sur trépied fixe. Sur cette image, on remarque bien la couleur rougeâtre de la Lune alors qu'elle se trouve près du maximum de l'éclipse. Durant cet événement, la Lune est passé assez loin du centre de l'ombre de la Terre.
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Vous avez donc vu quelques exemples de ce qu’il est possible de faire avec un appareil photo numérique. Plusieurs ressources existent sur internet. Consultez-les afin d’y apprendre des trucs, de montrer vos résultats et de vous joindre à la communauté grandissante des astronomes amateurs qui pratiquent l’astrophotographie avec un APN.
Voici une liste partielle de ces ressources.
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http://groups.yahoo.com/group/astrophoto_digitale/ : Groupe de discussion Yahoo ! « astrophoto_digitale » : groupe de discussion et d’échange francophone dont le sujet est l’astrophotographie avec des appareils photo numériques. | |
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http://www3.sympatico.ca/dom_beau : Ma page web personnelle, centre de documentation sur l’astrophotographie numérique. | |
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http://www3.sympatico.ca/dom_beau/links.htm : Page de liens intéressants sur ma page web personnelle. Contient une bonne quantité de liens vers d’autres page personnelles, des pages professionnelles, des logiciels, etc. La majorité de ces liens ont trait à l’astrophotographe numérique. | |
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http://www3.sympatico.ca/dom_beau/astrogallery.htm : Ma galerie d'astrophotographies faites avec un APN. | |
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http://www.sracquebec.ca/astrophotos.htm : Galerie d'astrophotographie de la Société Royale d'Astronomie du Canada - Centre de Québec. |
Pour terminer cet article, je vous invite, propriétaires d’appareils photo numériques, à les pointer vers le ciel. Vous découvrirez le potentiel énorme de ces petits appareils. Avec un simple trépied, il vous sera possible de photographier les constellations, les planètes, la Lune, les éclipses, etc. Il n’en tient qu’à vous pour en faire davantage ! Partagez vos résultats en les publiant sur le portail web de la Société Royale d’Astronomie du Canada – Centre de Québec si vous en êtes membre.